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samedi 28 décembre 2013

Immersion au KGB avec le Kiev-30M

L'article du jour est assez original puisqu'il nous plonge dans l'espionnage soviétique et la miniaturisation. Je vous présente donc un appareil photo "sub-miniature" (eh ouais: plus petit que miniature!), le Kiev 30M [Киев30М] que j'ai testé avec un film d'origine: du Svema 64 [Свема 64] périmé en octobre 1992. 

En achetant le coffret d'origine, j'ai trouvé: 
-La sacoche marron
-Une boîte avec une seconde cartouche rechargeable de film
-Un passe-vue 16mm pour agrandisseurs (qui rentre parfaitement dans mon Durst 301)
-L'appareil (c'est mieux)
-Une demi-spire ce qui servait à développer les films dans les cuves soviétiques différentes des nôtres. 
-La notice, jaunie, qui semble sortie des années 40 mais non elle est de 1990... (Ah ces Soviets!)

L'appareil comme prévu est minuscule! Forcément la miniaturisation était à la mode depuis longtemps et on cherchait comment mettre un appareil dans sa poche voir le faire passer inaperçu. (D'où les termes de "Spy-cameras" qui fleurissent sans que je ne trouve aucune preuves. En même temps faudrait parler russe pour trouver.) Donc on tasse tout et on fait des pelloches plus petites. Et en 1960 apparaît le tout premier appareil photo qui marche sur du film 16mm (fil de cinoche): le Minolta 16. C'est japonais et ils en sont fiers. Mais en temps de guerre froide un brevet on s'en tape alors les soviétique ont pondu le Kiev-Vega, puis le Kiev-30, le Kiev-30M et le Kiev-303, qui se sont "inspirés" du Minolta 16. 
Précisons aussi que l'entreprise Kiev n'a rien de purement soviétique puisqu'il s'agit surtout des entreprises Carl-Zeiss et Zeiss-Ikon que les soviétiques ont "libérés" de la main capitaliste en les ramenant d'Allemagne et les implantant à Kiev...

Une fois ouvert il est comme ça, le point rouge nous sert à savoir qu'il est armé, prêt à prendre une photo.(Tapez "Minolta 16 II" voir comme il est différent!)

Pour ce qui est des réglages c'est facile: deux roues crantées: une pour les vitesses de 1/30ème, 1/60ème et 1/200ème de seconde, et une pour l'ouverture du diaphragme de f/3,5 à f/11. Donc rien de très extraordinaire mais une plage d'utilisation allant de 8EI à 14EI (personne n'utilise les EI? Ca tombe bien moi non plus!)

Pour les stressé du réglage, le livret donne des informations:
Tableau des profondeurs de champs en fonction de l'ouverture de de la mise au point (erreur sur la dernière ligne: c'est 0,5m et pas 15m)
Notons la proximité du sujet réalisable: on peut se rapprocher à 41cm en se réglant sur 0,5m et f/11!

Tableau des expositions (qui semble s'être effondré sur lui-même) avec la sensibilité du film en GOST (16, 32, 64, 130), et les 4 lignes de haut en bas pour éblouissant (plage/neige), ensoleillé, couvert et nuageux.
Si l'appareil est petit, même sans beaucoup de fonctions, ben il a fallu en mettre de tout les côtés, du coup on trouve:
Dessus: la molette de mise au point (à partir de 0,5m) et le déclencheur.
Derrière: le viseur.
Le point rouge correspond à l'hyperfocale: réglage qui va donner un sujet net à l'infini mais aussi plus près (ici je ne sais pas à combien de mètres, mais en se reportant au tableau on remarque qu'à 5m, même à pleine ouverture, l'infini est net.)
Dessous: le compte vue et le numéro de série.
Comment dater un appareil soviétique? Alors chez Arsenal (qui fabrique les Kiev) et chez Lomo, les deux premiers chiffres du numéro de série indique l'année de construction de l'appareil. Mon Kiev 30M est donc de 1990. Mon Smena-8M est de 1981 et mon Lubitel 2... ben ils en ont produit souvent et ont changé cette règle sur certains modèles dont le mien qui commence par 08... Bon la femme qui me l'a vendu l'utilisait dans les années 70 ce qui est normal.

Juillet 1990 (date d'achat)

Quand on l'ouvre, de dessous il ressemble à ça, il faut remettre la barre rouge face au trait rouge manuellement pour remmetre le compte-vue à 0 quand on change de pellicule.
Sur l'appareil, il y a un rabat métallique qui ferme l'endroit où on loge la pellicule qui faut recharger manuellement.


Comment charger son Kiev sub-miniature? Ben c'est très simple: le livret vous le dis!
Bon alors j'explique un peu quand même. Il faut s'armer de film 16mm non-perforé. La partie n°16 est un cylindre en plastoc avec une bague en métal qui fait presque tout le tour (n°17). Il faut coincer le film entre cette bague et le cylindre puis enrouler tout le film dans le compartiment vide. (Le film va du compartiment vide vers le compartiment avec le cylindre quand il est exposé.)

Enfantin non? Ben allez-y je vous regarde! Ca se fait dans le noir, c'est minuscule et surtout, pour décoller la bague il faut être un haltérophile olympique soviétique mais avoir des doigts de fée. (Mais le pire c'est pour le remettre et y inclure le film!)

Bon parlons un peu du film récupéré et testons un peu la chose.
C'est une bobine de 10 mètres de long et de 16mm de large noire et blanche, négative de 64 GOST (64/19° ISO). Il faut charger les pellicules de 45cm de film pour faire 25 images d'après le livret.

Arrière de la boîte qui nous dit (de ce que j'en comprend...)
Pellicule photographique négative noire-et-blanche de 16mm pour appareil-photos fonctionnant en cassettes de films 16mm comme le Kiev-Vega, le Kiev 30 ou le Narciss (Нарцисс). Avec cette bobine, selon la longueur que l'on met dans chaque pellicules en centimètres, on peut faire le nombre correspondant de pellicules dans le tableau.

Donc pour nous qui mettons environ 45cm de film par pellicule ça donne 22 pellicules par rouleaux de 10m. (et j'en ai 2...)

Petite parenthèse! La boîte nous parle des sub-miniatures dont j'ai parlé au début mais d'un autre appareil: le Narciss [Нарцисс]. C'est un appareil important! C'est le premier réflex en 16mm! Avec objectifs interchangeables et tout! C'est beau et c'est la classe mais  pas de chance pour lui il n'a pas fonctionné: pénurie de film perforé en URSS, qualité inutilisable par les professionnels (négatif trop petit), prix trop élevé pour les particuliers et difficulté de trouver les objectifs. Il ne s'en n'est vendu que 10 000! Du coup ils coûtent très très cher aujourd'hui! Par la suite le seul autre appareil du même genre aura été le Pentax Auto 110: le seul reflex en cartouches 110 (c'est du film 16mm dedans.). Il est aussi très recherché! Ce sont des reflex miniature qui donnent de bonnes images mais la résolution du film ne permet pas d'agrandir beaucoup.

Le dessous de la boîte qui nous indique la sensibilité en TOUT! Le temps de développement: 7min (alors dans quoi?), La date de péremption (Oct. 1992) et son prix: 1 rouble 40 kopeks.

Alors la sensibilité diminue avec le temps et je m'en suis servi en 32/16° ISO et j'ai développé 8min24 dans de l'Atomal 49 dilué à 1+1 (Donc 7min.) Mais le résultat est un peu palot, pas top, mais il ne faut pas attendre grand chose de ça. La prochaine fois j'utiliserai une pellicule neuve un peu plus sensible et je vous dirait comment faire ça dans le prochain article. (Non le 16mm non perforé ça n'existe pas neuf.)

Ah ouais pour développer du 110 ou du 16mm il faut une spire adaptée qui est rarissime. Mais le vendeur du coffret la vendait avec: je suis indépendant dans le domaine des mini-formats maintenant!

lundi 26 août 2013

La sensibilité

Une pellicule (ou un capteur numérique) c'est une petite chose sensible vous savez, certaines plus que d'autres. En d'autres termes certaines pellicules ont une sensibilité à la lumière plus fortes que d'autres. Qu'est ce que la sensibilité? Comment la mesure-t-on? Je vous dis tout!



SENSIBILITE
Communément une pellicule (je prend le noir et blanc pour exemple car c'est plus facile à expliquer mais c'est le même principe en couleur) est un film de polymère plastique tartiné d'une substance de grains d'argent photosensible incrustés dans une gélatine. 
La quantité, la qualité de la substance photosensible peut varier et donc donner des pellicules de sensibilité différentes.

Une pellicule très sensible a besoin de peu de lumière pour être marquée par l'image projetée par l'objectif. On dit également qu'elle est rapide.

Une pellicule peu sensible a besoin de plus de lumière pour produire un négatif de même densité. On dit également qu'elle est lente.

Mais il y a une contrepartie (si on peut dire cela comme ça): plus une pellicule est sensible, plus l'image apparait granuleuse. (Le grain: c'est "le bruit".) Moins une pellicule est sensible, plus sa résolution est fine.

Sur un appareil numérique la sensibilité du capteur peut changer à chaque photo, en argentique, une pellicule a une sensibilité fixe.

COMMENT MESURER LA SENSIBILITE?

Il a existé plusieurs échelles, je vais vous présenter les 4 échelles (en réalité 3) principales. Chacune à un nom qui correspond au nom d'une norme nationale. C'est un organisme qui établit des normes au sein d'un pays, si vous produisez des ampoules en France, elles doivent répondre à des critères de qualité, et s'adapter à une certaine norme comme son format qui sera un culot à vis ou à baillonette par exemple. Cela est normé au niveau national voire international.

LES A.S.A.

A.S.A correspond au système de normalisation américain et signifie "American Standars Association". Ils ont normé la sensibilité des films photographique et c'est la mesure que l'on utilise de manière presque exclusive dans le monde.

Moins un film est sensible, moins le chiffre est grand. Plus il est sensible, plus il est grand.


Ainsi, pour les appareil standard il est conseillé un film à 100 ASA par beau temps. C'est d'ordinaire la valeur référence. Les ASA sont additifs donc: un film de 50 ASA est deux fois moins sensible, un film de 400 est 4x plus sensible qu'un 100 ASA, et 8x plus qu'un 50 ASA.
Il existe des films allant de 20 à 3200 ASA en général. 

Il faut savoir qu'une pellicule est souvent assez "souple" et permet de choisir sa sensibilité, c'est à dire que exposer un film 100 ASA peut être utilisé comme un film 200 ASA et être développé un peu plus longtemps. Cela est expliqué dans la notice. Certains sont très fluide pouvant déscendre à 25 et monter à 200 ou 400, d'autres sont totalement fixes.

Ici on voit bien que la sensibilité est quelque chose d'assez hasardeux: entre 400 et 650 ASA


LES D.I.N.

Les normes DIN sont les normes allemande: "Deutsches Institut für Normung". L'insitution allemande a décider de normer les sensibilité à sa manière. Et les scientifiques s'occupant de ça ont décider de rester sur une échelle mathématique complexe: la base logarithmique qui est tout sauf naturelle.

Ainsi comme les décibels, la mesure de la sensibilité double quand on ajoute 3. (10dB c'est 2x plus que 7dB, et bien pareil en DIN)

Le 0 et le 1 sont les même en ASA et en DIN du coup on tombe à 100 ASA (valeur référence) sur 21 DIN notés 21°.

Une pellicule 18 DIN est deux fois moins sensible et correspond au 50 ASA.  Une pellicule de 23 DIN correspond donc aux deux tiers de l'écart entre 100 et 200 ASA donc l'écart étant de 100 ASA, cela fait 2x un tiers de 100 = 2x 33: 66 on est donc à 166ASA.


22= 21 +1 donc = 100 + (100/3) = environ 133. Ca colle puisque la sensibilité n'est pas quelque chose de très précis.

Cette notification disparait, elle était fréquemment utilisée par le bloc de l'Est et les pellicules étaient en général moins sensible à l'époque on tournait entre 12DIN° (donc 6x moins que 21° ça donne 12 ASA) et 27° (400 ASA).

Aujourd'hui elle est assez anecdotique mais reste obligatoire sur les boîtes de pelloches, honnêtement puisque j'utilise beaucoup de vieux appareils de l'est je m'en sert pas mal.

LES I.S.O.

Les normes ISO sont les normes internationnales (International Standartization Organisation). Et lorsqu'ils ont décidé de choisir que faire pour normaliser le monde de la photo et faire disparaître les traces de la guerre froide dans ce domaine ils n'ont rien fait. La norme ISO correspond donc à la norme ASA suivie de la nomre DIN. (Quelle blague! Et pourquoi ASA devant? Bref cette norme ne sert à rien.)


ISO = ASA/DIN

Alors une pellicule de 100ASA ou de 21DIN est notée: 

ISO: 100/21°

Une boîte de Pack 100 pour Polaroid qui précise même que la mesure de la sensibilité correspond à 25°C et pour une luminosité importante.

Mais précisons que la définition officielle de cette norme n'est pas exactement ça mais ils prenne l'explication scientifique de la mesure de la sensibilité qui s'exprime au final de manière logarithmique d'où la présence de la notification plus scientifique du 21°qui correspond comme par hasard aux DIN. Et ils continuent en expliquant par souci de clarté que si l'on convertit cette échelle de base logarithmique en base arithmétique en gardant le 0 et le 1 commun on tombe sur 100 pour 21° ce qui comme par hasard est la mesure ASA et même GOST.

 Le langage courant ayant permis un abus de langage désormais on parle toujours en ISO et on donne la valeur en ASA. Plus de 95% des conversations vont dire: "Je prend une pellicule de 100ISO" ou "J'ai réglé mon appareil numérique sur 1600ISO puisqu'il fait sombre".

De mon côté je préfère dire ISO puisque ça donne moins l'impression de se faire envahir et diriger par les américains et d'agir selon leurs normes. D'un autre côté j'utilise plus souvent les ASA et pratique donc volontairement cet abus de language.

LES GO.ST.

Alors tout d'abord: les GOST ne s'utilisent plus. L'organisme GOST existe encore, c'est l'organisme russe et même à l'origine soviétique. GOST vient de ГОСТ (pour ГОсударственный СТандарт [Gosudarstvyennij Standart]: Standards d'Etat).

4 pellicules Svema de 64 GOST et 4 boîtes de diapo ORWO est-allemandes en DIN

Et là on ne sais pas trop ce qu'ils ont voulu faire. Grosso-modo c'est identique aux ASA, mais pas exactement. En fait au lieu de nous faire une belle courbe proportionnelle ils nous font un escalier par plages de sensibilité. Effectivement la sensibilité est assez floue et hypothétique du coup il n'y a riend'étonnant à ce que les Soviétiques aient décidé de dire que 90GOST c'est l'équivalent à la plage de 80ASA  à 100ASA. En pratique une pellicule 80ASA ou 100 ASA n'a effectivement pas trop de différence. Du coup dire 90 c'est de 80 à 100 je ne trouve pas ça bête, c'est même plus clair et juste à vrai dire. Mais du coup on peut se permettre d'assimiler les GOST et les ASA.

L'objectif du Smena 8M précise le choix de l'ouverture du diaphragme selon la sensibilité du film en "GOST-ASA" assimilés ou en DIN, pour que l'aide au choix de la vitesse corresponde.

Du coup tout le monde à toujours fait pareil et on assimile GOST = ASA. Voilà.

On réalise mieux la formation en escalier, par pallier des mesures GOST plus pratique par rapport à la courbe des mesures ASA plus réaliste. En abscisses on a la mesure en DIN.

Après la chute de l'URSS ils ont adopté la norme standard qui ici à l'avantage de pouvoir être décrite comme ISO = GOST/DIN ou ISO = ASA/DIN. Personne n'est fâché et on est standardisé au niveau mondial.

TABLEAU DE CONVERSION

Ah ben dites donc je vous fait tout!
Notons que les mesures GOST sont amputées tout simplement parce qu'il n'a pas existé de pellicules en GOST de moins de 11 GOST et de plus de 500.


Les 4 standards de la sensibilité sont donc identiques: on utilise la même expérience et les même résultats échelonné à 0 et 1 de la même manière sauf que les Allemands ont gardé la mesure logarithmique, les Américains et les Soviétiques ont converti leurs mesures en base arithmétique (les mesures de la sensibilité sont parfois floues, assez hypothétiques) d'où les minuscules différences entres les deux. Et la norme internationale est l'expression arithmétique et logarithmique à la fois.

Pour mieux comprendre comment maîtriser la sensibilité voici comment on fait varier l'exposition à la lumière d'un film.

L'EXPOSITION DE LA PELLICULE
 
Exposer deux fois plus un film à la lumière a un nom, on dit monter d'un IL (pour "Indice de Lumination") ou EV (pour "Exposure Value") ou STOP. L'indice de Lumination ou de Luminosité, ou l'Exposure Value ou Exposure Indice sont donc aussi des synonymes de "Sensibilité".


Cette pellicule 126 date d'avant la normalisation internationale ISO.


Une pellicule 100/21° ISO est 4 fois moins sensible qu'une pellicule 400/27° ISO et doit être exposée 4 fois plus. Pour cela on peut faire varier la vitesse en ouvrant l'objectif 4 fois plus longtemps, faire varier l'ouverture du diaphragme en l'ouvrant d'un ratio de surface de la pellicule et du diaphragme correspondant à 4 fois plus. Ou combiner 2 fois plus vite et deux fois plus ouvert etc...

Ilford marque "Exposure indice" suivi de la valeur en ISO.

En variant la vitesse:
Quand l'appareil est réglé à 1/60ème de seconde et qu'on baise d'un IL, on divise l'exposition de la pellicule par 2 et donc on laisse passer 2x moins de lumière en augmentant la vitesse par 2 et tomber à 1/120èe de seconde.

En variant l'ouverture du diaphragme:
On parle en fraction de surface du coup c'est moins instinctif monter un IL quand on est à f/5,6 veut dire qu'on expose 2 fois plus, il faut ouvrir plus le diaphragme et tomber à f/4.